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L'anecdote est réelle et se déroule la veille du premier tour
des élections cantonales de mars 1998. Un internaute désireux de
faire tourner en bourrique un homme politique qu'il estime mégalomane
apprend que ce dernier dispose d'une représentation sur Internet par le
biais d'un site à son nom.
L'idée qui germe dans son cerveau machiavélique se borne tout
simplement à simuler un nombre ahurissant de connexions. Comment ?
Première étape, regarder le source HTML de la page qui contient le compteur.
Celle-ci contient une directive d'affichage d'image de la forme :
<IMG SRC="http://www.cybercable.tm.fr/cgi-bin/Count.cgi?display=counter&df=xxx.dat" ALIGN="right" WIDTH="102" HEIGHT="32">
En fait, le nom de l'image fait référence à un
programme (Count.cgi) qui va créer dynamiquement une représentation
graphique au format GIF ou JPEG (puisque ce sont les deux principaux formats
graphiques reconnus par la majorité des navigateurs Web) du compteur et
l'envoyer au navigateur afin de l'insérer dans le document qui y fait référence.
Ce programme étant sollicité à chaque consultation du
document, il conserve dans un fichier (côté serveur) le nombre de
fois qu'il a été exécuté pour communiquer à
chaque fois une nouvelle image avec un compteur à jour.
Pour ne pas avoir à écrire un programme de comptage différent
pour chaque site qui l'utilise, la solution retenue ici consiste à lui
communiquer un ou plusieurs paramètres, en l'occurrence les variables
display et df associées respectivement aux valeurs counter et xxx.dat.
(Bien évidemment, nous avons intentionnellement remplacé la véritable
valeur par xxx, nous ne faisons pas de politique.)
L'étape suivante consiste à recopier cette directive dans un
fichier en local, de l'entourer des directives HTML de base pour faire les
choses proprement, ce qui donne :
<HTML> <HEAD><TITLE>Augmentation artificielle de compteur</TITLE></HEAD> <BODY> <img src="http://www.cybercable.tm.fr/cgi-bin/Count.cgi?display=counter&df=xxx.dat" align="right" width="102" height="32"> </BODY> </HTML>
Il suffit de sauver ce source dans un fichier, puis de l'ouvrir dans le
navigateur, et d'appuyer plusieurs fois sur le bouton de rafraîchissement
pour voir l'image (et seulement l'image) du compteur afficher un nombre en
constante augmentation.
Si vous regardez sur la page originale qui contient, vous avez alors
confirmation que la sollicitation de ce programme de comptage au sein de votre
propre fichier HTML a modifié le compteur utilisé sur la page du
site visé.
Jusqu'ici, pas de quoi fouetter un chat puisque nous n'avons fait que reproduire en local le comportement de ce qui se passe sur le site officiel et si ce n'est que l'on évite le téléchargement de toute la page d'origine à chaque fois que l'on appuie sur le bouton de rafraîchissement, il faut tout de même cliquer dessus sans cesse pour voir le compteur lentement, trop lentement, progresser.
C'est à ce stade que la connaissance d'une directive proposée par Netscape et reprise par Microsoft prend tout son sens, il s'agit en fait d'une méta-directive dont la syntaxe est :
<META HTTP-EQUIV="Refresh" Content="delai_exprime_en_secondes; url=adresse_de_la_ressource_a_telecharger">
Cette commande, placée dans n'importe quelle page HTML, demande au
navigateur d'aller AUTOMATIQUEMENT charger le document spécifié
par la valeur « adresse_de_la_ressource_a_telecharger » après
une attente de « delai_exprime_en_secondes ».
L'astuce consiste donc à insérer cette commande tout au début
de notre fichier en choisissant un délai d'une seconde et surtout en
donnant comme url le chemin d'accès du fichier, il se remplace ainsi par
lui-même indéfiniment, du moins tant que la machine reste allumée
et le navigateur en fonction.
Le fichier HTML devient donc en finale :
<META HTTP-EQUIV="Refresh" Content="1; url=file:///C|/temp/compteur.htm"> <HTML> <HEAD><TITLE>Augmentation artificielle de compteur</TITLE></HEAD> <BODY> <img src="http://www.cybercable.tm.fr/cgi-bin/Count.cgi?display=counter&df=xxx.dat" align="right" width="102" height="32"> </BODY> </HTML>
En prenant soin bien entendu de l'enregistrer sous le nom compteur.htm dans le répertoire temp à la racine de la partition c: du disque dur local.
En ouvrant ce fichier dans votre navigateur, vous allez simuler 3600
connexions par heure sur le site cible. C'est pas mal, mais il est possible de
faire encore mieux.
Comme on ne peut diminuer l'intervalle en dessous de la seconde, on peut en
revanche multiplier le nombre de fenêtres contenant ce fichier, et ainsi
multiplier par autant le nombre de connexions simulées.
Un petit calcul simple montre qu'en ouvrant 11 fenêtres, chacune
avec ce fichier, pendant un peu plus de 25 heures, le million de connexions
sera atteint.
Et pourquoi ce nombre est-il si important ? Tout simplement parce que,
dans le cas exposé ici, l'image utilisée ne comporte que six
chiffres. Donc après 999 999 connexions, le résultat devrait être
quelque peu faussé (remise à zéro ou affichage incohérent)
car il est peu probable que le programme ait été prévu pour
prévenir ce type de situation.
Lancé un samedi, il y a fort à parier que cette petite « blague » aura porté ces fruits avant qu'un administrateur remarque quoi que ce soit le lundi suivant.
Certains vont rétorquer qu'il est ridicule de laisser son ordinateur en ligne pendant plus d'une journée uniquement pour arriver à un résultat aussi peu convaincant. En l'occurrence, le problème ne se posait pas car l'internaute dont il est question dispose d'un raccordement Internet par le câble (abonnement forfaitaire indépendant de la durée d'utilisation), autrement dit, cette opération ne lui coûte pas un centime, si ce n'est l'électricité pour alimenter son ordinateur qui, par ailleurs, sert à d'autres tâches.
Dernier point, l'anonymat. Bien qu'il soit peu probable qu'un responsable de
site intente un procès pour un ridicule détournement de compteur,
l'internaute peu scrupuleux peut tout de même se soucier de conserver son
anonymat (surtout s'il habite dans une petite ville comme Paris comme dirait si
bien Bedos). En effet, dans son cas bien particulier, l'avantage économique
que procure une liaison par le câble se révèle être un
handicap dans le cas présent car jusqu'à preuve du contraire, les
adresses IP que se voient attribuer les abonnés de ce service sont fixes
et non dynamiques. Il est par conséquent particulièrement aisé
de déterminer la source de cette pollution.
Pire, une solution qui consistait à employer un relais matérialisé
par le proxy de l'opérateur Internet ne peut pas être testés
car, comble de malchance, cet opérateur n'en propose pas à ses
clients (l'ayant pratiqué, cela ne nous étonne pas du tout ;-) Et,
à notre connaissance, il n'est pas possible de passer par le proxy d'un
autre prestataire car l'usage de celui-ci est réservé à ses
seuls abonnés.
Conclusion, cet exemple concret montre à quel point nous pouvons être
abusés par ces systèmes de compteurs présents sur les pages
d'accueil des sites Web et combien il est aisé pour le premier internaute
venu de les fausser.
De plus, et pour finir, dans ce cas de figure assez répandu où le
compteur est représenté par une image fabriquée
dynamiquement, le fait de consulter le site avec un navigateur fonctionnant
exclusivement en mode texte (comme le programme lynx sur système Unix ou
les programmes utilisés sur le Minitel) ne feront pas évoluer le
compteur puisque ces programmes, privés de mode graphique, ne demandent
pas au serveur les images mentionnées dans les pages HTML téléchargées
et donc ne sollicitent pas du tout l'utilitaire de comptage. D'ailleurs, le fait
de naviguer en ayant désactivé le chargement automatique des
images dans un navigateur plus évolué revient au même.
Une remarque, une question ou une suggestion ? Merci de nous écrire.
KOMMANDO
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